Le tout dernier été – Anne Bert

Le résumé de l’éditeur

« Je viens de rencontrer mes passeurs. Ces hommes qui font désormais partie de ma vie puisqu’ils vont m’aider à la quitter.
Je les ai sentis rigoureux, exigeants, prudents. Et engagés à me tendre doucement la main. Une autre médecine qui, quand elle ne peut plus soigner le corps, se décide à soigner l’âme. »
Parce qu’elle aime furieusement la vie et qu’elle est condamnée, Anne Bert a décidé de choisir et de ne pas subir jusqu’au bout les tortures que lui inflige la maladie de Charcot. C’est ce cheminement qu’elle nous raconte ici. Celui de devoir mourir hors-la-loi, et hors-les-murs, puisque la loi française ne l’autorise pas à abréger ses souffrances. Celui aussi de son dernier été.
Il faut découvrir le goût des dernières fois et des renoncements, apprendre à penser la mort, dire au revoir à ceux qu’elle aime, en faisant le pari de la joie malgré le chagrin.
Un récit poignant, une ode à la liberté et à la vie, permise seulement par sa détermination à dire non.

Badge Lecteur professionnel

Mon avis

Je tiens avant tout à remercier les Éditions Fayard et Netgalley de m’avoir fait découvrir ce témoignage d’une rare puissance.

Je ne sais même pas par quoi, ni par où commencer cette chronique… J’ai changé vingt fois mes phrases, recommencé trois fois. C’est très difficile de parler d’un ouvrage pareil. Commençons par le début. Un peu de contexte…

Anne Bert est une écrivaine française à qui on a diagnostiqué la maladie de Charcot en septembre 2015. Souhaitant mourir dans la dignité et abréger les souffrances inhérentes à cette lourde maladie, elle a choisi d’être euthanasiée en Belgique le 2 octobre dernier, après avoir activement milité pour faire changer la législation française à ce sujet.

Cette maladie de Charcot, en France, j’aurais eu l’obligation de la subir jusqu’au bout.

C’est à l’occasion des nombreux articles parus suite à son décès que j’ai entendu parler pour la première fois de son livre Le tout dernier été. Par la suite, je suis tombée sur la chronique de BettieRose et j’ai tout de suite su que je devais absolument lire ce témoignage.

Et je l’ai même lu deux fois en moins d’une semaine tellement j’ai voulu m’imprégner de cette beauté, me replonger dans ces mots. Car l’écriture est à la fois poétique et incroyablement puissante. Dès l’avant-propos, j’ai été transportée. On pourrait penser qu’un récit de « fin de vie » serait larmoyant, que l’autrice s’apitoierait sur son sort et qu’on verserait des larmes à chaque page. Ce n’est absolument pas le cas de ce livre.

On n’est pas sérieux quand on va mourir.

Vous commencez à savoir que je pleure très facilement, mais pas là…tout simplement parce que ce n’est pas du tout le but d’Anne Bert. Ce récit est une célébration des petites choses qui font que la vie est belle. C’est un adieu à la vie, mais un adieu consenti et mûrement réfléchi. Elle rend hommage à sa vie passée, à sa famille, à ses amis, profite de chaque instant, s’intéresse aux moindres détails de ses journées.

Je cherche dans le ciel le nuage sur lequel je pourrais me coucher.

Même si elle décrit la perte progressive de ses facultés physiques, sa lente dépendance des autres et la souffrance, tant mentale que physique, associée à tout cela, elle ne s’apitoie jamais sur elle-même. Elle accepte peu à peu sa mort, se fait à l’idée de ne plus être, à l’idée que le monde va continuer de tourner sans elle. Que son mari, sa fille, ses amis, continueront de se lever le matin et de se coucher le soir, même lorsqu’elle ne sera plus là. Mais elle assume son choix de ne pas se résoudre à se laisser emprisonner par son corps.

C’est bien lui qui m’assassine. Ce corps cannibale qui divorce de moi.

Anne Bert exprime aussi quelques regrets : celui de ne pas avoir su que c’était la dernière fois qu’elle faisait quelque chose avant qu’il soit trop tard et que son corps refuse de coopérer. Le regret aussi ne pas avoir eu le temps de profiter de la vie avant l’annonce terrible de sa maladie qui était déjà à un stade trop avancé. La maladie a progressé très vite, la privant peu à peu de ses bras, de ses jambes, de son indépendance.

Je n’ai pas pu me payer le luxe de me gaver de vie.

Ce livre est une incroyable ode à la vie, un plaidoyer pour le droit à mourir quand et comme on le décide en cas de maladie incurable. Le récit d’une femme qui aimait la vie et qui a choisi de la quitter, simplement, sereinement, avant de la détester.

C’est vraiment un livre que je recommande à 2000 %.

Les lilas continueront de fleurir. L’été de chauffer le jardin, et l’automne de revenir.

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